Riviera Maya : pédaler au paradis !

Sorti de Cancún et de ses environs définitivement abandonnés aux affres du tourisme de masse, il existe sur la côte caribéenne du Mexique des espaces calmes et préservés propices au voyage à vélo. De Tulum à Bacalar, retour sur une échappée familiale entre jungles profondes et plages paradisiaques.

Fuir les tentacules de Cancún

L’envie de remonter en selle était la plus forte. Alors malgré le trafic et le manque de charme de la bande d’arrêt d’urgence de la route fédérale 307, on a mis les bouts. Plus de 130 bornes sans le moindre relief sur ce ruban de bitume fade et assommant pour nous extirper du triste décorum des complexes hôteliers qui bordent la côte en une barrière ininterrompue. Une muraille élevée à la gloire du tourisme de masse qui nous confisque l’accès à la plage et pire encore le simple plaisir de baigner nos yeux dans les eaux turquoise de la mer des Caraïbes pourtant toute proche.

[easy-image-collage id=1520] Il n’y a guère que dans le village de Puerto Morelos et, plus loin sur la plage de Xpu-Ha, où nous dressons notre tente sous les cocotiers que nous trouvons un peu de répit et enfin un peu d’intérêt à cette randonnée qui s’apparentait jusqu’alors à une fuite loin des tentacules de Cancún.

A la découverte des ruines de Tulum

A Tulum, on s’installe quelques jours dans une modeste chambre chez l’habitant. L’atmosphère a changé. Les voyageurs sac à dos se mêlent aux vendeurs ambulants dans la rue principale. Les gigantesques hôtels des jours précédents ont disparu au profit d’établissements à taille plus humaine. La ville toutefois reste un pôle touristique d’importance avec ses restaurants branchés, ses bars à smoothies, ses salons de massage et surtout son ancienne cité maya perchée sur la falaise, regardant vers la mer, telle une fortin pirate d’un roman d’aventure.

Les ruines de Tulum, à vrai dire, sont modestes et on peut éprouver une certaine déception si l’on n’y vient pour admirer une architecture monumentale. Mais avec son promontoire rocheux et ses eaux turquoise, le site exceptionnel sur lequel a été édifiée la cité côtière dans les années 560 la rend unique et justifie la visite.

Cap sur Punta Allen

Pour qu’enfin souffle pleinement la brise exaltante de l’aventure, il faut quitter Tulum et la route fédérale 307 et mettre cap sur le village pêcheur de Punta Allen, 56 kilomètres plus au sud, uniquement accessible par une piste. Une fois dépassés les derniers écolodges qui hérissent la forêt à la sortie de la ville, on pénètre, après s’être acquitté d’une taxe d’entrée, dans la réserve de biosphère de Sian Ka’An, inscrite au patrimoine mondial depuis 1987.

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Progressivement, de coup de pédale en coup de pédale, s’installent les éléments qui vont vous propulser au paradis. La circulation est très limitée sur ce chemin de terre qui serpentent entre mer et lagune. Les oiseaux abondent, pélicans en tête. Les animaux en général apprécient l’endroit à en croire le nombre de panneaux avertissant de la présence ici d’un jaguar, là de serpents. Mais l’eau surtout, limpide, étalant sur les plages de sable blanc toute la palette des verts et des bleus confère au paysage un aspect surréaliste qui convoque tous les bouts du monde et les îles désertes de notre imaginaire. A l’approche du pont de Boca Paila qu’on croirait sorti d’un décor de cinéma, on s’accorde une pause pour piquer-niquer sur le sable. La plage, ici, enfin est à tout le monde.

Seuls dans la jungle

Pour les quelques voyageurs qui s’aventurent jusqu’ici en voiture, l’aventure s’arrête à Punta Allen, à l’extrémité du cordon littoral. Pour nous et nos vélos, c’est ici qu’elle débute véritablement. Nous avons négocié avec un pêcheur qu’il nous fasse traverser la lagune avec tout notre équipement. Une dizaine de minutes de navigation le hors-bord poussé à fond pour rejoindre le continent et nous laisser dévorer par la forêt qui s’étend devant nous sur 70 kilomètres. Cette fois, la circulation est inexistante. La piste n’est plus qu’un ruban glaiseux et glissant qui s’enfonce dans la mangrove.

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Bientôt, une voûte végétale luxuriante voile le ciel et nous plonge dans un univers intriguant de cris et de chants, de craquements et de bruissements. Des perroquets multicolores s’envolent en s’égosillant sur notre passage, nous surprenons des renards et des coatis, les cousins tropicaux des ratons-laveurs et même une couleuvre semi-aquatique noire comme le jais qui n’en finit plus de dérouler ses anneaux dans l’eau saumâtre du bord de piste. A l’heure du déjeuner, nous nous installons à même le chemin, attentifs au moindre chuintement, et mangeons dos à dos pour surveiller les ombres qui se faufilent entre les lianes. Mais en réalité, c’est la forêt qui nous observe de mille yeux. Je jette un regard à Axel qui, imperturbable, joue avec sa pelle et son seau au coeur de cette jungle profonde. Je ne peux m’empêcher de sourire devant l’incongruité de la scène.

Le Quintana Roo côté campagne

A Felipe Carrillo Puerto, le tourisme est inexistant. Nous nous sommes légèrement éloignés de la mer et du territoire de la Riviera Maya. Avec notre maigre espagnol, nous tentons de nous familiariser avec cet environnement nouveau, du Quintana Roo rural, davantage tourné vers la campagne et l’agriculture que vers les flots azurs.

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A contre-coeur, nous poursuivons notre route sur l’insipide 307, pendant seulement quelques kilomètres heureusement. A la première intersection, nous bifurquons sur une route secondaire qui traverse des villages alanguis et des champs de canne. Les voitures sont peu nombreuses et la chevauchée est agréable. A Petcacab, la fête bat son plein. Des forains ont installé buvettes et trampolines. A l’église, on distribue sans compter des tortillas et des abats de porcs grillés. Pour que nous puissions passer la nuit en sécurité, un fonctionnaire nous ouvre les portes d’une salle municipale où nous dressons notre tente entre les bancs. Un groupe de jeunes hommes qui célèbrent les festivités en ingurgitant abondamment de la bière bon marché vient nous tenir compagnie et met un point d’honneur à nous faire goûter à toutes les spécialités culinaires cuisinées pour l’occasion.
Le lendemain, nous rejoignons, toujours par les routes détournées et quelques kilomètres de piste, les ruines de Chacchoben, qui nous donnent à voir notre première pyramide maya digne de ce nom. Nous restons toutefois un peu sur notre faim, le site une fois encore étant moins monumental que nous l’imaginions.

Les trésors de Bacalar

Bacalar, voilà sans doute notre coup de coeur de cette échappée à vélo au Quintana Roo. La ville et sa forteresse bâtie au XVIIIe siècle pour repousser les attaques de pirates attire principalement les backpackers et les voyageurs autonomes.

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On vient à Bacalar pour le calme, un certain art de vivre caribéen et surtout pour profiter de la perle des lieux, la lagune dont les eaux paisibles bordent la ville à l’est et à qui la légende prête sept couleurs dérivées du vert et du bleu. Rarement, je crois, j’ai pu admirer un lac d’une aussi grande beauté. Une étendue aquatique de 42 km de long pour 4 de large, remplie d’un liquide cristallin généralement peu profond, mais qui parfois s’enfonce dans les abysses à la faveur d’un cenote, un trou bleu qui vire au noir lorsque la profondeur dépasse plusieurs dizaines de mètres.

On a dressé notre tente à l’abri de la saillie de toiture d’une auberge pour routards, en bord de lagune, facilement identifiable à son bus scolaire jaune, reconverti en dortoir. Il y a là toute une faune d’enfants de la bourlingue qui vivent leur rêve de bout du monde alanguis dans des hamacs qui dansaient au raz de l’eau. On est restés quelques jours dans ce cadre enchanteur. Le temps de récupérer de nos efforts et d’explorer les lieux. On a barboté en famille autour du cenote Cocalito et on s’est balancés les pieds effleurant les flots. On a plongé dans les profondeurs du cenote Azul, gouffre aquatique béant de 90 mètres de fond, bordé par une végétation abondante dont les racines forment sous l’eau un univers fantasmagorique fascinant. Tous les trois, on a pagayé sur l’onde calme, mettant cap sur le canal des pirates, un couloir turquoise étroit où la mangrove surnage comme une rondelle de citron dans un cocktail. Avant de partir, on s’est offert un dernier bain au paradis, dans le canal agité de Los Rapidos. Un trésor à l’écart de la ville où la lagune fait corps avec la végétation terrestre et où ne subsistent que quelques bras sauvages et limpides. On s’est laissés porter par le courant au milieu des poissons, puis on a sommeillé au-dessus des eaux, bercés par le chant des oiseaux. On ne reverrait pas une telle merveille de si tôt.

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Infos pratiques

Nous avons effectué cet itinéraire de 455 kilomètres entre Cancún et Tulum en 7 jours soit une moyenne de 65 km par jour. Sur l’ensemble du tracé, le dénivelé est anecdotique. Si vous souhaitez vous lancer dans l’aventure, voici quelques tuyaux. 

Où dormir à Cancún ?

Soyons clairs, Cancún ne présente que peu d’intérêt pour un voyageur à vélo. Ce sera pourtant un passage obligé si vous arrivez par avion. L’hébergement n’y est pas bon marché comme dans le reste du pays. Pour limiter les coûts, restez à l’écart de la zone hôtelière et privilégiez les solutions d’hébergement collaboratif comme Couchsurfing ou Warmshowers. Sur AirBnb, vous trouverez des chambres entre 20 et 30 euros environ et des logements entiers à partir d’une quarantaine d’euros.

Où acheter des cartes à Cancún ?

Au moins votre séjour à Cancún, va vous permettre de vous équiper en cartes routières. Elles sont difficiles à trouver ailleurs, alors pensez à acheter toutes celles dont vous avez besoin avant de partir. Une adresse pour effectuer cet achat : Sanborns, une sorte de Fnac locale, située sur la Plaza Las Américas. Prix : 56 pesos la carte.
Vous y trouverez la carte du Quintana Roo ainsi que celles des Etats voisins publiées par les éditions Independencia sur lesquelles figurent les routes principales, mais également les axes secondaires et un grand nombre de pistes non-revêtues. Dans la même zone commerciale, se trouve également un supermarché Chedraui où vous pourrez faire votre premier ravitaillement et éventuellement acheter masque, tuba et chaussures aquatiques en vue de vos plongées à venir.

Comment quitter Cancún ?

Vous aurez beau retourner le problème dans tous les sens, impossible d’échapper à la bande d’arrêt d’urgence de la route fédérale 307 jusqu’à Tulum, 130 bornes plus au sud. Celle-ci étant particulièrement large, vous aurez votre place légèrement à l’écart du trafic. Mais la circulation est importante sur cette 2X2 voies et son intérêt très limité. La vue sur la mer est obstruée par les complexes hôteliers. Si la perspective de rouler dans ces conditions sur une telle distance vous rebute, privilégiez les transports en commun avec la compagnie de car ADO notamment. Comptez entre 100 et 150 pesos le billet pour Tulum et 2h20 de trajet. Attention, la compagnie peut exiger que votre vélo soit en partie démonter. Renseignez-vous avant de réserver !

Où dormir à Puerto Morelos ?

A trois kilomètres de la route 307 en bord de mer, ce petit village constitue une première étape idéale à une quarantaine de kilomètres de Cancún.
Possibilité de camper sur la plage.
Hôtel : Posada Amor, petite chambre avec salle de bain. Etablissement disposant également d’un bar. Certaines chambres peuvent être bruyantes. 350 pesos la nuit.

Où dormir à Xpu-Ha ?

A 94 km de Cancún, 28 km après Playa del Carmen. A l’entrée de la courte piste qui mène à la mer, on s’acquitte d’une taxe de 150 pesos par personne qui donne droit de planter sa tente sous les cocotiers. Si la plage est fréquentée en journée, elle redevient tranquille à la nuit tombée. Une petite épicerie permet de se ravitailler sommairement. Plusieurs restaurants à proximité. Des chambres sont également disponibles.

Où dormir à Tulum ?

Vous n’avez que l’embarras du choix, ici l’offre est conséquente. Mais les prix restent élevés. La plupart des hôtels dans la rue principale affichent des tarifs autour de 1000 pesos. Explorez les rues adjacentes, où vous pourrez dénicher des chambres autour de 400 à 500 pesos. Attention, Tulum est très fréquentée et nombreux sont les établissements qui affichent complet.
A noter, il est également possible de camper sur la plage à l’écart de la ville. Plusieurs sites sont disponibles. Les prix variant d’environ 150 pesos à une centaine d’euros pour les très chicsglampingscomme celui de la playa Las Palmas.

Comment visiter les ruines de Tulum ?

Une piste cyclable qui part du centre-ville vous emmènera jusque sur le site à environ 5 km où vous trouverez des supports pour accrocher vos vélos. L’accès aux ruines vous coûtera ensuite 70 pesos par personne.

Comment rejoindre Punta Allen ?

A partir du centre de Tulum, prenez la route 15 (Avenue Coba), suivez-là pendant une dizaine de km jusqu’à l’entrée de la réserve Sian Ka’An, où il vous faudra payer un péage de 35 pesos par personne. Ensuite, c’est tout droit sur la piste pendant une cinquantaine de kilomètres. Celle-ci ne présente pas de difficulté particulière à la saison sèche. Possibilité de camper sur la plage à plusieurs endroits.

Où dormir à Punta Allen ?

Il existe un camping quelques centaines de mètres avant d’entrer en ville, le Costa del Sol. Celui-ci dispose également de bungalows avec vue sur mer.  Sinon, il est également possible de dresser sa tente sur la plage. Les hôtels ne sont pas franchement bon marché. Comptez entre 500 et 1000 pesos.

Comment traverser la lagune à Punta Allen ?

La solution la plus simple est de négocier avec les pêcheurs du village. Vous les trouverez sur l’embarcadère de la lagune près de l’hôtel Club Grand Slam (600 pesos la nuit, chambre et salle de bain, wifi ). Le propriétaire organise des sorties pour les passionnés de pêche et peut également vous emmener. Comptez 200 pesos pour 10 minutes de traversée.

Comment traverser la jungle jusqu’à Felipe Carrillo Puerto ?

En saison sèche, la piste ne présente pas de difficulté importante. Elle peut toutefois être très glissante sur certaines zones. Attention à la chute ! En revanche, attendez-vous à être seuls. Prévoyez donc suffisamment d’eau et de nourriture pour effectuer les 70 kilomètres jusqu’à Felipe Carrillo Puerto car les points de ravitaillement sont inexistants. Il n’existe que deux bifurcations sur le trajet. A la première (km 15) laissez derrière vous le chemin qui rejoint la lagune à Vigia Chico. A la seconde (km 22), poursuivez vers la gauche. En principe, la distance peut être couverte sans difficulté dans la journée à condition de partir suffisamment tôt. Les sites propices au camping sont quasi inexistants dans la réserve. Une aire destinée au stockage de matériel de terrassement peut, en dernier recours, accueillir votre tente au kilomètre 40.
A Felipe Carrillo Puerto, les chambres de l’hôtel Casa Regina (salle de bain et Wifi) sur la route 184 coûtent 500 pesos.

Où dormir à Bacalar ?

-Hostel El Meson del Pirata sur la place centrale. Chambre avec lits superposés, salle de bain au rez-de-chaussée. Très bruyant. 400 pesos.
-Hôtel Szapot, calle 7. Propre, accueil sympathique, salle de bain et bon Wifi. 600 pesos.
Green Monkey. Auberge en bord de lagune. Cuisine commune, ponton avec accès direct à la lagune. Camping 135 pesos par personne petit-déjeuner inclus. Dortoirs. Attention pensez à réserver pour obtenir un lit !

Que faire à Bacalar ?

-Plage municipale : elle dispose d’un ponton qui donne accès à la lagune et de plusieurs kiosques pour s’abriter du soleil. Possibilité d’acheter des boissons et des snacks. Accès gratuit.
-Cenote Cocalito : accès 25 pesos par personne. On aime sa balançoire emblématique et ses formations rocheuses aquatiques que l’on peut explorer avec masque et tuba mais sur lesquelles il est interdit de marcher. A environ 5 km du centre-ville. Restaurant sur place.
-Cenote Azul : accès 10 pesos par personne. Un gouffre aquatique sombre de 90 mètres de fond. On aime plonger au bord du trou bleu parmi les racines des arbres et sentir les abysses sous nos pieds. A 6 kilomètres du centre. Restaurant sur place.
-Louer un kayak : s’adresser à la coopérative au bout de la rue qui mène à la plage municipale. Comptez environ 150 pesos de l’heure pour un kayak bi-place. La traversée jusqu’au canal des pirates s’effectue en une vingtaine de minutes. Mais il vous faudra sans doute près de 2 heures pour profiter de toutes les merveilles du site et barboter un peu.
-Los Rapidos : A douze kilomètres au sud de Bacalar sur la route 307. Un panneau indique que vous êtes au bon endroit. Une piste d’un peu moins de 3 kilomètres rejoint ensuite le site en lui-même. Accès 50 pesos par personne. Restaurant sur place et camping possible. On aime se laisser porter par le courant et se laisser bercer dans les hamacs au-dessus de l’eau.

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2 Comments

  • philkikou dit :

    En sortant des sentiers battus et des routes trop fréquentées vous avez trouvé de belles pépites et découvertes naturelles et humaines.. bonne continuation !!! Que de belles photos et endroits magnifiques et préservés

    • Olivier Godin dit :

      Merci Philippe ! Ce n’est pas aussi paradisiaque que la Drôme-Ardèche mais on s’en approche 🙂 Nos amitiés depuis le Chiapas.

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